Paúl en fête

Le 22 février 2020

Cap-vert

Dans la carlingue de l’avion qui file droit sur l’île de Sao Vicente, David et moi révisons notre vocabulaire de « Créole Cap-Verdien »…il semble que nous avons tout oublié. Ces 5 mois à Sao Antao se sont comme volatilisés.

Au milieu de la salle d’embarquement de l’aéroport de Lisbonne, nous retrouvons Franck, avec qui nous avons programmé une quinzaine de jour en ce petit paradis. Deux semaines ensemble sur les vertes terres de la vallée de Paul, tel est notre unique programme. Pour le reste, nous avons prévu de nous laisser guider par nos envies et le hasard des rencontres.

Bon, pour dire vrai nous avons quand même en tête quelques randonnées. Mais connaissant le climat changeant de la vallée, nous n’osons rêver à haute voix. Une superstition nous empêche de prononcer des mots comme « pluie » ou « soleil »…

A Mindelo, heureux de ces retrouvailles, charmés comme toujours par la douceur du climat et l’esprit colonial des lieux, on se sent instantanément « comme à la maison ». Immédiatement chaussés de tongs et installés sur le ponton de la marina, on sirote un rhum. Un rhum qui en chasse un autre…

Le lendemain, sur le ferry, une traversée houleuse nous laisse largement le temps de regretter les derniers grogs avalés. Heureusement, on fait rapidement face à notre petite île, que l’on retrouve avec émotion et une pointe d’appréhension. Plus d’une année s’est écoulé. Nous savons déjà que « Pajé » l’âme du haut de la Vallée, s’en est allé rejoindre les étoiles. Nous espérons que nos autres amis seront au rendez-vous. Qu’aucun ne manquera à l’appel.

Mais pas le temps pour la nostalgie ! Nous voilà déjà dans l’aluguer de « Du » qui file à travers les routes pavées de l’île. Nous reconnaissons chaque virage, commentons chaque nouvelle construction, les yeux écarquillés nous dévisageons tous les habitants que nous croisons, peut-être une connaissance ?

Puis, enfin, « Du » attaque la montée de la Ribeira. Et de nouveau cette impression d’être au cœur d’une maquette. La petite église, les champs en terrasse, les arbres, tout semble ici disposé avec soin, comme pour servir encore mieux la beauté naturelle des décors.

Arrêt sur image. Décembre, quel cadeau ! Un mois que nous ne connaissons pas encore, mais qui nous envoute instantanément. La nature, au sortir de la saison des pluies y est exubérante. La canne laisse éclater ses pompons blancs, tout neufs. Les rayons du soleil qui caressent ces milles flèches donne à la vallée l’illusion d’être couverte de neige…ça brille, on est éblouit par tant de beauté ! Par contraste, le vert profond des cultures et toutes ses nuances, qui monte très haut sur le flanc des pics montagneux, insuffle à l’ensemble un air de « pays de Cocagne » en miniature.

Le soleil va s’installer pour trois semaines, du jamais vu ! Nos amis cap-verdiens, comme les habitants du monde entier, ne restent pas insensibles à sa chaleur bienveillante. Une bonne humeur communicative s’empare de tous. Bien vite, la joie des retrouvailles, de bises émues en poignées de mains amicales, laisse place à une envie : nos amis ont l’idée d’organiser une fête du cochon pour tous les voisins du haut de la vallée. Une sorte de « St.-Martin » cap-verdienne, avec, au programme, la mise à mort de la bête nourrie plus de 13 mois, son dépeçage et finalement la préparation de mets constitués des différentes parties de son corps. Tout cela évidemment accompagné de musique, danse, jeux, vin et rhum.

Le jour « J », tôt le matin, nous sommes invités à venir immortaliser l’abatage du cochon puis, à peine plus tard commence son découpage.

Comme d’habitude au Cap-vert, tout se met en place doucement. Untel arrive avec le manioc, l’autre avec les patates (Benfica, elles sont rouges !), puis la musique, une guitare, l’autre avec du vin, un autre encore apporte du rhum, ou des tiges de métal pour fabriquer les pics à grillades… ça rit, les enfants jouent au foot, les plus âgés ont déjà attaqués le grog, ils tanguent… Vanance, toujours très active, est désignée « cuisinière en chef ».

C’est un privilège de participer avec eux à cette fête, et bien plus tard, nous nous endormons, le nez dans les étoiles, les yeux brillants de bonheur et emplis d’images de cette journée. Nous sommes dans la maison la plus haute de la Vallée, au cœur de l’île, mais nous avons tout simplement l’impression d’être au centre du monde !

Les jours suivant nous permettent de randonner et de raviver nos souvenirs. « La Balade Créole », « Ribeira da Torre » un terrain de jeu sans limite !

Le 22 décembre après une dernière soirée mémorable en compagnie de Franck, nous redescendons au village pour fêter Noël chez nos amis, et leur dire un dernier « au revoir ». Ce retour leur a prouvé notre attachement, à eux et à leurs terres. Ils ont la certitude, désormais que nous reviendrons, et les adieux ne sont pas aussi tristes que ceux de 2018.

Nous entamons notre dernière semaine par un long voyage en 4X4, direction Tarrafal, tout au sud de l’île. Nous connaissons déjà cette région pour l’avoir découverte en 2017. Mais les dispositions d’esprit font que tu peux retourner deux fois au même endroit et l’aborder de manière totalement différente. En 2017 tout occupés à l’excitation de notre rencontre avec Franck, et les projets qui en avaient découlés, nous avions manqué notre rendez-vous avec Tarrafal, aride village de pêcheur, dont la vie s’organise principalement autour du va-et-vient lié à son activité de pêche, et à celle de l’économie touristique (qui reste modeste à l’image de l’île).

Cette fois, locataires de la plus jolie vue sur la baie, nous profitons de notre isolement pour envisager tranquillement l’année à venir, profiter encore de la douceur cap-verdienne, et bien sûr rêver aux randonnées que nous effectuerons lors de notre prochaine venue. Le coup de cœur a finalement eu lieu !

Bye bye Santo Antao, on se donne rendez-vous en 2021.

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